Pourquoi une série vous marque alors qu'elle n'est pas la meilleure
Les œuvres qui restent ne sont presque jamais celles qu'on juge les plus réussies. C'est déroutant, et parfaitement explicable.
Faites la liste des séries qui vous ont marqué, puis celle de celles que vous jugez les meilleures. Les deux listes ne se recouvrent que partiellement, et l'écart est le sujet le plus intéressant de la critique.
Le moment où on la voit
Une œuvre rencontrée à un moment particulier de sa vie s'installe autrement. Ce n'est pas une faiblesse de jugement : le contexte de réception fait partie de l'expérience, et il n'est pas reproductible.
C'est pour ça que revoir une série qu'on a adorée adolescent est souvent décevant. L'œuvre n'a pas changé — la personne qui regarde, si.
Une œuvre ne se rencontre qu'une fois. Tout ce qui suit est une relecture, et la relecture n'est pas la même expérience.
La durée passée avec
C'est la spécificité de la série. Vingt heures avec les mêmes personnages produisent un attachement qu'un long-métrage ne peut pas construire dans son format.
Cet attachement est en partie indépendant de la qualité : il tient à la familiarité, à la répétition, au retour régulier. Une série moyenne fréquentée longtemps peut marquer davantage qu'une œuvre courte et brillante.
Le partage
Ce qu'on a vu avec quelqu'un, ou commenté au fil de la diffusion, s'inscrit différemment. La diffusion hebdomadaire, en particulier, crée un temps social autour de l'œuvre — l'attente, les hypothèses, la discussion — qui fait partie du souvenir.
C'est une des raisons pour lesquelles les séries mises en ligne d'un bloc laissent parfois moins de traces, alors même qu'elles sont mieux faites. On les traverse seul et vite.
Ce que j'en fais quand j'écris
Je sépare les deux registres. Quand je dis qu'une œuvre m'a marqué, je précise le contexte ; quand je dis qu'elle est réussie, j'argumente sur l'œuvre.
Ce n'est pas une coquetterie : mélanger les deux produit les chroniques les moins fiables — celles où l'on défend l'excellence d'une chose dont on aime en réalité le souvenir. J'en ai écrit, et elles ne vieillissent pas bien.