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Une note sur dix ne dit rien, et voici ce qu'elle remplace

Par · · 6 min de lecture

La notation donne une impression de rigueur et détruit l'information utile. Ce que je préfère écrire à la place, et pourquoi c'est plus difficile.

J'ai noté des œuvres pendant des années. J'ai arrêté, et je n'ai jamais eu de retour me demandant de reprendre — ce qui en dit long sur l'usage réel de la note.

Ce que la note écrase

Un chiffre unique agrège des dimensions qui n'ont rien à voir : la construction, l'interprétation, l'ambition, la réussite formelle, l'effet produit. Deux œuvres notées pareil peuvent être excellentes et ratées de façons opposées.

Elle écrase aussi la question de l'adéquation. Une œuvre peut être parfaitement réussie dans ce qu'elle cherche à faire et ne pas vous convenir du tout — ce n'est pas un défaut, c'est une information, et la note ne peut pas la porter.

La question utile n'est pas « est-ce bien ». C'est « à qui est-ce que ça s'adresse, et est-ce que j'en fais partie ».

Ce que j'écris à la place

Pourquoi c'est plus difficile

Parce qu'une note se pose sans se justifier, alors qu'une description engage. Écrire « la deuxième partie perd son rythme parce qu'elle multiplie les fils » peut être contredit ; écrire « 6/10 » ne peut pas l'être — ce qui ressemble à de l'autorité et n'est qu'une absence de prise.

Le cas de l'enthousiasme

Il pose le problème inverse : quand une œuvre emporte, on écrit des superlatifs qui n'informent personne. La discipline que je m'impose consiste à trouver le moment précis où ça a basculé — une scène, une réplique, un plan — et à le décrire.

C'est souvent à cet endroit qu'on découvre qu'on aimait pour une raison différente de celle qu'on croyait.

Ce que je ne prétends pas

À l'objectivité. Mes chroniques disent quelque chose de moi autant que de l'œuvre, et je préfère le poser en tête de site plutôt que de le masquer. Ce que je peux promettre, c'est de dire d'où je parle et sur quoi je m'appuie — ce qui vous permet de me lire en tenant compte de l'écart entre nos goûts.

Portrait de Julien Estève

Chroniqueur culturel

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